J’ai récemment retrouvé dans ma boîte Yahoo un e-mail envoyé par un ami, fan geek de cinéma, me donnant son sentiment sur « les Chroniques d’Ermengardis ». Il était particulièrement interpellé par le côté réaliste et l’ancrage dans la réalité, et surtout par le fait que je faisais référence à des lieux ou des événements me concernant (vaguement). Je ne peux m’empêcher de copier ici la remarque suivante :
« Je crois qu’on a tous les deux le même problème : on est atteint de Bovarysme aigu. On a appris la vie au cinéma et dans les anime et on aimerait que notre vie ressemble à ça.»
Mais vous me direz, c’est quoi le « Bovarysme » ? Voici ce que dit Wikipédia :
« En provenance du roman de Gustave Flaubert Madame Bovary, le bovarysme décrit « un état d’insatisfaction, sur les plans affectifs et sociaux, qui se rencontre en particulier chez certaines jeunes femmes névrosées, et qui se traduit par des ambitions vaines et démesurées, une fuite dans l’imaginaire et le romanesque. » (Source : lettres.net)
« Emma Bovary a beaucoup lu, durant sa jeunesse, en particulier, des ouvrages romantiques. Elle s’imagine donc qu’elle va rencontrer « le Prince charmant », en quelque sorte. Hélas, elle ne rencontre que Charles Bovary, homme médiocre s’il en est, et quelques amants tout aussi médiocres. D’où son état d’insatisfaction.»
Bref, cette fic ne serait-elle que le projection de ma vie dans un monde imaginaire ? (je prends peur tout d’un coup, là… !).
Avant de paniquer d’avantage sur mon compte, je vais tout de même exposer ici comment cette fiction est née…
L’origine de cette fic ; une bonne nuit d’insomnie…
Revenant un soir de mars 2004 d’une soirée qui m’avait mis les nerfs en pelote, je me suis retrouvée dans l’incapacité de dormir, et j’ai fini sur cette merveilleuse invention qu’est Internet. Après avoir épuisé une bonne partie des sites sur Buffy, Angel, X-Files et toutes les séries de S.F. que j’affectionnais, j’ai décidé de m’en prendre aux bons vieux dessins-animés de mon enfance et adolescence. Ma recherche a débuté par… Saint Seiya. Et la première chose sur laquelle je suis tombée, c’est le site de Steika, une allemande qui a fait un remarquable travail de listage des fictions écrites par des fans. J’ai lu jusqu’au petit matin…
Et une semaine plus tard, j’avais avalé une bonne trentaine de fics, sinon plus. Enthousiasmée de voir que certains fans étaient capables de très bonnes productions, j’ai éprouvé cependant une petite déception au niveau des scénarios. Collant trop au « style Saint Seiya » pur, mettant donc en scène les personnages canons ou des personnages originaux tous animés par l’amour de la Justice, la volonté de dépassement de soi-même, et chantant les louanges du sacrifice pour autrui et de l’amitié. Des concepts louables, mais rendant les intrigues trop « dessins animés » à mon goût (un genre dont je m’étais totalement détachée à l’époque… Ca m’est revenu depuis, rassurez-vous).
Moi aussi, je peux écrire une fic !
Faisant face à ma débordante imagination de fille unique, piaffant d’impatience d’être libérée, je me suis mise à l’ébauche d’un scénario, et à l’écriture de quelques passages, m’efforçant de retranscrire l’univers de X-Files et d’Angel qui m’étaient chers. X-Files pour le côté sombre et mystérieux, le concept du complot mondial, et bien-sûr le tandem Skully / Mulder (deux agents qui essaient de démêler les écheveaux du paranormal avec le plus de sang-froid et d’intelligence possible). Angel, à cause de l’ambiance un peu gothique, certains des personnages, mais aussi pour la dynamique d’ensemble de la série…
Le premier résultat était plutôt… lamentable, sur le point de vue du scénario, comme du style (j’ai encore les fichiers… Cela pourrait être drôle de les publier, catégories « parodie » !). Je me suis donc dis : « Il va falloir donner un peu plus de toi si tu veux vraiment écrire quelque chose ». J’ai donc retravaillé le scénario, en me concentrant sur les concepts de « sombre », de « mystère », de « paranormal », et bien-sûr, de « vampires ». Ma façon d’écrire a également suivi quelques changements, avec un travail s’appuyant énormément sur des supports visuels, ou mes propres souvenirs (on décrit toujours mieux ce que l’on voit ou ce que l’on ressent plutôt que quelque chose de flou ou d’inconnu).
Et début août 2004, les Chroniques d’Ermengardis étaient nées…
Donc, en conclusion, suis-je une Bovaryste qui transpose ses frustrations dans sa fic ? Peut-être… Mais comme dis Georges Palante, « Nul n’échappe au Bovarysme » (1), donc je ne m’inquiète pas trop sur ce point là. Je pense être surtout une fan qui, ne ressentant plus le même intérêt pour Saint Seiya que quinze auparavant, et ne trouvant pas ce qu’elle voulait lire, s’est dit ; « On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même ! »
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(1) Georges Palante (1862-1925), grand lecteur de Nietzsche et théoricien de la sensibilité individualiste, analyse le bovarysme, conçu comme un principe tout à la fois politique, métaphysique et esthétique.
Le bovarysme : une moderne philosophie de l’illusion (article parut dans Mercure de France, 1903) : “Nul n’échappe au bovarysme. Tout homme en subit la loi à des degrés divers et suivant des modes particuliers. Le bovarysme est le père de l’illusion sur soi qui précède et accompagne l’illusion sur autrui et sur le monde. Il est l’évocateur des paysages psychologiques par lesquels l’homme est induit en tentation pour sa joie ou pour son malheur.”
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Alaiya on 06.08.2007
Intéressant cet article… c’est vrai que tu ne nous avais encore jamais trop dit comment les Chroniques étaient nées.
Je ne peux que plussoyer ta frustration concernant pas mal de fanfictions trop… enfon… oui, je crois qu’on peut dire ça comme ça, trop “Saint Seiya”. Clair que l’esprit de sacrifice, l’amitié le don de soi, le grosbillisme aussi, ça va bien deux minutes, mais quand on a passé un certain âge, bon… Par contre, quel a été le vrai déclic? je veux dire… qu’est ce qui t’est passé par la tête à un moment très précis, qui t’a fait mettre en scène les golds, dans cet univers que tu t’étais constitué via les séries US? Une image, un visage, un personnage, une musique… quoi?
(Au fait, bienvenue au club des filles uniques qui doivent bien s’occuper comme elles peuvent en s’inventant des histoires).
Concernant le Bovarysme maintenant… J’ai appris un truc ce soir!^^ Alors je ne sais pas si les auteurs de fics sont névrosés, remarque, peut être un peu. Maintenant aller jusqu’à dire qu’on aimerait vivre une ou plusieurs de ces vies que l’on invente, ch’uis quand même pas très sûre (me prendre des colonnes grecques en pleine tronche ne fait pas partie de mes buts ultimes dans la vie!). Mais il doit y avoir un peu de vrai quand même, du moins dans la possibilité d’évasion que cela offre. Et comme tu le dis, on n’est jamais mieux servi que par soi même, que cela plaise ou non, finalement…
PS: chouette le site de Stayka, j’ai toujours beaucoup aimé (pi y a les fanarts de Natsumi et ça, c’est bon!^^)
megara on 06.11.2007
Autant que je me souvienne, j’ai d’abord travaillé sur l’atmosphère, et les caractéristiques de cette univers, avant de travailler sur les personnages. Je ne me rappelle plus vraiment ce qui a constitué le déclic (il faudrait pour cela que je me replonge dans la première fic que j’avais commencé avant d’abandonner et tout recommencer dès le début). Je me rappelle que je me suis beaucoup inspirée de X-Files, et de Angel, ainsi que d’autres séries. Mais le mieux pour l’expliquer serait que je développe cela dans un post.
Sur le bovarysme, je suis entièrement d’accord avec toi. Moi non plus, je n’ai pas super envie de me faire mordre!
Le bovarysme est un concept qui n’a d’ailleurs jamais été retenue en psychanalyse, et reste donc très philosophique.