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Chronique XIV: Hostilités (2/4)
- Japon, Quartier Général de l’Ordre d’Ermengardis, 5 juin 2004, 2h00 (June 5, 2004, 5 :00 PM, GMT +9 :00)
- Chambre d’Ambre
Salem s’approcha avec un sourire narquois sur les lèvres, son corps translucide chaloupant au gré de sa démarche féline. Plus que jamais, elle se sentait comme un chat jouant avec une souris.
« Mais avant de t’exposer les termes de notre futur accord, laisse-moi te poser une question : pourquoi jouer aux infiltrés ? Sylvenius est pourtant un ennemi commun à l’Ordre et à la Milice Noire…
− Nous ne poursuivons pas le même objectif, voilà tout », rétorqua la Française.
Le démon poussa un léger ricanement, cachant ainsi l’incompréhension que suscitait la réponse.
« Tiens donc… il me semble pourtant qu’il n’y ait pas une grande différence. La Milice est une émanation de l’Ordre, à l’origine.
− Tu caches mal ton jeu. Tu te demandes bien pourquoi, hein ? railla Ambre. Pour ta gouverne, sache que nos positions s’opposent quant au sort des Grands Anciens : l’Ordre veut les retrouver, tous, et les rassembler au même endroit. Belle erreur tactique ! La Milice, elle, reste fidèle à sa mission originelle : garder les vampires cachés pour l’éternité, afin que jamais ils ne soient réunis et même pire, libérés. »
Le sourire de Salem s’agrandit. Eh bien voilà ! Le commandant de la Milice lui offrait d’elle-même les arguments pour poser les conditions de leur accord. Elle allait pouvoir cesser de bluffer et de tâtonner.
« C’est bien ce que je pensais, répondit-elle sur un ton hautain. C’est pour cela que je suis certaine que mon offre va te paraître très intéressante… »
Et une fois qu’elle aurait noué le deal avec cette femme, elle irait parlementer avec la Grande Prêtresse Eleny pour offrir son aide contre la Milice. Il fallait toujours s’assurer d’être du côté du gagnant en période trouble, même si on était un puissant démon de la vengeance.
O
Ambre avait bien conscience que Salem essayait de la mener en bateau. Le démon y serait sans doute parfaitement parvenu avec un simple mortel, ce qu’elle n’était pas. Avec toutes ses heures de service et les connaissances accumulées sur l’occulte, elle était parfaitement bien placée pour savoir que ce genre de créatures proféraient des mensonges avec la même aisance qu’elles flottaient dans les airs, ou traversaient les murs.
Et là, Salem mentait effrontément.
Elle n’allait donc pas se gêner pour faire de même. Ambre glissa d’ailleurs un œil sur le petit coin salon, près de la fenêtre : il fallait qu’elle s’en rapproche. Tous ses pièges à esprit s’étaient montrés inefficaces, mais elle avait encore en réserve une jolie surprise pour ce démon de la vengeance.
« Très bien : propose, et je te dirai si cela m’intéresse », lâcha-t-elle d’un ton contrarié, reculant discrètement vers un canapé bas.
- Grèce, Sanctuaire Terrestre, 5 juin 2004, 20 h 10 (June 5, 2004, 5 :10 PM, GMT +3 :00)
- Temple d’Élision, appartements de Perséphone
Kanon et Aldébaran trouvèrent sans difficulté les appartements de Perséphone grâce au plan que Kiki leur avait laissé. Vastes et bien agencés, ils constitueraient un excellent camp de base pour la suite des événements. Cependant, le silence et le manque d’activité du temple commençaient à déranger Kanon. Où étaient donc passés tous les serviteurs ? Kiki leur avait bien parlé de ce soi-disant monstre qui errait entre ces murs. Avait-il dévoré tous les habitants ?
Kanon fronça les sourcils à l’idée : décidément, il n’était certainement pas au bout de ses surprises. Dans ses bras, Rune s’agita en s’agrippant un peu plus fortement à ses épaules.
« Je vais aller le coucher. Il est tard et il vaudrait mieux commencer à protéger les accès contre cette créature dont nous a parlé Darius… enfin, Kiki.
– Je m’en occupe. »
Faisant pleine confiance à Aldébaran, Kanon pénétra dans une grande alcôve avec un large bassin, assez spacieux pour permettre à deux personnes de se baigner ensemble.
« Jacuzzi privé… Eh bien, ils ne s’embêtent pas les dieux de nos jours ! Si Angelo voyait ça, il serait vert. »
Une porte se dessinait dans le mur, menant vraisemblablement à une chambre. Par chance, elle n’était pas verrouillée. Il la poussa et aperçut enfin ce qu’il cherchait : un magnifique lit double trônait dans la pièce, sur lequel il s’empressa de poser délicatement son fardeau. Rune devait se sentir à l’aise dans ses bras, puisqu’il s’agrippa fermement à ses épaules quand Kanon essaya de se dégager.
« Allez Rune, il faut me lâcher maintenant.
– Je… ne… veux… pas… Ne me laissez pas », marmonna l’évanoui en l’attirant à lui.
Kanon échoua à se redresser et finit par retomber sur le Balrog. Mécontent de se retrouver dans cette position un peu ridicule, il parvint à s’extirper de l’étreinte du Spectre.
« Ne m’abandonnez pas.
– Personne ne t’abandonne Rune. Repose-toi. »
Le Spectre sembla enfin se calmer, laissant à Kanon le loisir de l’ausculter un peu mieux. À première vue, il avait perdu du poids par rapport à ce qu’il se souvenait de lui. Tâtant ses poignets, il vit les emblèmes de la milice noire. Ça, il s’y attendait. Il s’assit sur le bord du lit et rechercha les traces de morsure, toujours visibles dans le cou décharné. Leur aspect lui confirma qu’elles n’avaient guère plus de dix jours. Il tiqua lorsqu’il s’aperçut que l’hématome sur sa tempe s’était résorbé.
« Capacité de guérison accrue par le sang de Bàlint et de Kiki. Fascinant », commenta-t-il.
Il continua son inspection et conclut que Rune ne se trouvait pas dans un si mauvais état, mis à part sa trop grande maigreur.
« Bon, reste là et attends-moi bien sagement. Je vais te trouver quelque chose à manger », assura-t-il au jeune endormi.
En se retournant, Kanon posa le regard sur l’étrange psyché qui trônait à côté de la coiffeuse de la déesse. Il ne sut dire pourquoi, mais une sorte de malaise le prit subitement, comme s’il se retrouvait face à une créature surnaturelle lui susurrant des mots de corruption à l’oreille. D’ailleurs, il eut presque l’impression d’entendre des voix…
« Je dois commencer à fatiguer, c’est tout », conclut-il.
Il attrapa l’objet à bras le corps, et le traîna à sa suite, le sortant de la chambre pour la mettre dans la vaste salle d’eau. Puis il s’éclipsa des appartements pour rejoindre Aldébaran et l’aider à tout barricader.
Il n’avait pas fait un pas à l’extérieur que le miroir s’enflamma brusquement, avant de reprendre son aspect normal.