Chronique XII : Haunted (3/4)

  • Japon, Quartier Général d’Ermengardis, 21h05 (June 5, 2004, 12 : 05 AM GMT +9 : 00)
  • Chambre d’Angelo

« Lumière rousse et rassurante, réchauffant mon corps… »

La flamme jaillit dans sa paume. Ses mains tremblant trop, la lumière disparut en un souffle.

« Obscurité. Oubli. Froid. Non, je ne veux pas… Je ne veux plus… »

Ses doigts retrouvèrent un minimum d’agilité pour actionner son briquet.

Et enfin, la lumière fut…

Angelo contempla l’objet d’où le feu salvateur provenait, avant de presser son front dans sa main libre, dans l’espoir d’étouffer la migraine larvée sous son crâne. Une pensée atteignit son esprit, pourtant aussi embourbé qu’un marécage.

« Où suis-je ? »

Mal à la tête… Trou de mémoire sur les dernières heures de sa vie… Aucun souvenir ne venant éveiller ses sens, et ses neurones semblant encore errer dans un monde privé de logique, il pensa d’abord à une gueule de bois. Mais un mauvais pressentiment lui disait qu’il s’agissait d’autre chose. Quelqu’un lui avait rendu visite, et s’inquiétait pour lui. Angelo avait eu peur, et l’avait chassé…

« Mais qui était-ce ? »

Il s’adossa au mur, et regarda une nouvelle fois sa main crispée sur le briquet. En un flash qui lui fit voir des traits lumineux traverser la pièce de part en part, il se souvint que cela faisait plusieurs heures qu’il jouait à ce petit jeu… Mais exactement, depuis combien de temps faisait-il cela ? Il n’en avait aucune idée. Cela lui glaçait le sang d’autant plus que ce n’était pas la première fois qu’il se trouvait ainsi, plongé dans une intense contemplation, son esprit étant resté ailleurs en ignorant toute notion de temps.

Il réprima un frisson d’angoisse alors qu’une pensée terrifiante s’imposa à lui.

« Elle veut te rendre fou… Elle veut te voir redevenir Masque de Mort ! » Il secoua la tête. « Non ! Jamais je ne le laisserai revenir ! »

Il fallait qu’il pense à autre chose pour ne pas la laisser l’envahir.

« Oui, mais à quoi ? »

A chaque fois qu’Angelo se forçait à penser à autre chose qu’à Masque de Mort, son esprit le ramenait à l’autre objet de ses tortures : Ambre. S’il avait le malheur de fermer les yeux, les images de son amour interdit embrassant Camus s’imposait à lui, achevant de briser son cœur et de mettre à bas ses sentiments, lacérant de cinglants coups de fouet l’humanité qu’il s’était appliquée à retrouver pour elle.

« Tu sais que cette flamme ne te protégera pas de moi… Pourquoi essaies-tu de me résister ? Laisse-toi faire… Redeviens Masque de Mort ! » murmura la voix.

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Chronique XII : Haunted (2/4)

  • France, Lyon, 5 juin 2005, 14h00 (June 5, 2005, 12 : 00 GMT +2 : 00)
  • Quartier Général de l’Escadron de Lyon

Le plafond se situait à une hauteur impressionnante. Cinq mètres ? Six mètres ? Dohko, Shion, tout comme Shaka et Mu, ne pouvaient détacher leur regard de ce ciel artificiel dont la luminosité des peintures rivalisait aisément avec les rayons de lumière qui filtraient à travers les vitres. Le plafond aurait été plus gris, les quatre hommes se seraient volontiers crus dans leur temple.

Seuls De Grandfort et Willengard ne semblaient pas plus troublés que cela.

« Vous êtes déjà venue ici ? » demanda Mu en anglais à sa voisine.

La jeune femme tourna la tête vers celui-ci, le gratifiant de l’un de ses chaleureux sourires dont il avait déjà profité dans l’avion.

« Une fois seulement… J’avais été envoyée ici, en renfort sur un cas de polymorphe.

– Et je suis sûr que vous avez été plus que brillante sur cette affaire ! » coupa Shaka.

Cette fois-ci, ce fut le tour du jeune homme de bénéficier de la douce attention.

« J’ai fait de mon mieux, mais c’est monsieur de Grandfort qui a trouvé le moyen de piéger la créature. Il est extrêmement ingénieux, vous savez… »

Les regards de Mu et Shaka se croisèrent et s’accrochèrent avec une légère froideur, puis se reportèrent sur celui qui avait été désigné comme leur leader : le Comte déchiffrait avec attention et gravité quelques documents que lui tendait l’un de ses subordonnés.

« Messieurs, il semblerait que les choses aient avancé pendant que nous étions en vol… J’ai un e-mail de James qui demande expressément que « Monsieur Pema Thorkmay » et « Mademoiselle Willengard Adalbert » se rendent à nos archives, et effectuent des recherches sur la Milice Noire. Le détail de ses questions est contenu dans ce document. Arnaud ici présent va vous guider jusqu’aux archives… »

Le Comte tendit le papier à un jeune homme, qui en guise de salut, fit un léger hochement de tête aux deux personnes désignées. D’un signe de la main, il les enjoignit de le suivre.

O

Shaka regarda avec un certain dépit Mu et Will s’éloigner. Dépit… ? Étrange sensation qui vous noue la gorge, et vous donne l’impression d’être ignoré, alors que vous avez fait de votre mieux pour vous faire remarquer, voir apprécier… Encore peu sur de la définition de ce sentiment qu’il avait toujours méprisé jusqu’alors, Shaka prit la parole :

« Monsieur de Grandfort, je pense que je ferais mieux de me joindre à Willengard et à Mu. Je sais également déchiffrer le latin. »

De Grandfort lui jeta un regard amusé.

« Nos archives sont en vieux français… Maîtrisez-vous cette langue ? »

Shaka détesta immédiatement cet homme et se surprit à éprouver cette sensation.

« No… » concéda-t-il en soupirant dans sa nouvelle langue maternelle.

O

Dohko écarquilla les yeux, surpris par la mauvaise grâce de Shaka. « Se pourrait-il que… ? » Il jeta un regard amusé à Shion, dont le demi-sourire prouvait qu’il ne se faisait pas de fausses illusions : Shaka était jaloux.

Ils abandonnèrent toutes ces considérations volages en voyant le visage du Comte s’assombrir.

« Que se passe-t-il ? s’inquiéta Shion.

– Il y a une heure de cela, les oreilles indiscrètes de l’Escadron ont intercepté un message entre une mission de l’Ordine di Sylni et son quartier général. Tout cela me paraît étrange… » répondit de Grandfort en remontant ses lunettes sur son nez.

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Chronique XII : Haunted (1/4)

  • Japon, Quartier Général d’Ermengardis, 5 juin 2004, 20h00 (June 5, 2004, 11 : 00 AM GMT +9 : 00)

  • Hôpital du Quartier Général

Cela faisait trois quarts d’heures que Shura était revenu de sa discussion avec Saga, et qu’il était retourné au chevet de Candelas. Il n’avait pas décroché un mot, se contentant de fixer les traits immobiles du vieillard. Shina n’avait pas osé le déranger et était donc restée assise dans son fauteuil, de l’autre côté du lit, faisant face au jeune homme. Une place de choix, puisqu’elle lui donnait tout le loisir d’observer le visage pensif de l’Espagnol.

Pourquoi restait-elle ici, à le contempler ? Cette question meublait son esprit depuis bien deux jours, lorsqu’elle avait commencé à lui tenir compagnie. Au fur et à mesure que les minutes puis les heures s’égrenaient, elle était parvenue à accepter la réponse qu’elle avait dans un premier temps refoulée : elle était attirée par Shura. Elle était désormais très consciente qu’elle le trouvait séduisant, mystérieux et envoûtant. Très désirable, même. Comment en était-elle arrivée là ? Elle n’en avait aucune idée. Au Sanctuaire, Shura n’avait jamais fait partie des chevaliers dont elle recherchait la compagnie. Bien au contraire… L’arrogance du Capricorne, sa persistance à se clamer « le plus fidèle serviteur d’Athéna », doublée d’une fierté latine exacerbée : tout cela avait poussé Shina à le classer parmi les infréquentables, en bonne position derrière Masque de Mort et juste devant Aphrodite.

Et pourtant, dix-sept ans plus tard, elle se trouvait là, dans cette chambre d’hôpital, absorbée dans l’observation de ce visage au charme masculin des plus prenants. Dieu sait que les circonstances ne se prêtaient pas à ce genre de bagatelle !

« Tu n’es pas obligé de rester là, tu sais… »

La voix de Shura lui parvint confusément, comme une douce brise.

« Pardon ? demanda-t-elle en clignant des yeux.

– Je te remercie d’être restée me tenir compagnie, mais tu n’es pas obligée de continuer à perdre ton temps… »

« A-t-il la moindre idée de ce qu’il me fait en ce moment, en me regardant ainsi ? » se maugréa Shina, tout en essayant de se composer une attitude normale, c’est-à-dire… de ne pas rougir.

« Cela ne me dérange absolument pas, parvint-elle à répondre. D’ailleurs, je me demande pourquoi tu restes là, toi aussi. »

Shura baissa la tête et sembla réfléchir à ce qu’il devait dire.

« Je me suis mal comporté avec lui l’autre jour, bredouilla-t-il.

– Ça, je l’avais bien compris. Mais je ne m’explique toujours pas ta colère de ce moment-là, ni ton comportement actuel. »

Un soupçon de culpabilité l’assaillit en songeant que si elle ne s’expliquait pas le comportement de Shura, elle ne s’en plaignait pas non plus : cela lui avait permis de passer de longs moments seule avec lui.

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Japan Expo 2010

  • Veni, vidi, vici

Je suis venue, j’ai vu et j’ai vaincu… la pluie (et les files d’attente) !

Ma première Japan Expo commençait mal, étant donné que je suis partie de chez moi sous un formidable orage en ce samedi matin du 3 juillet. Arrivée mouillée jusqu’aux genoux au Parc des Expositions de Villepinte, j’ai continué à me faire saucer copieusement dans la file d’attente, savourant un moment de répit dans le hangar transformé en labyrinthe digne de celles de Disneyland Tokyo.

Sursis relatif puisque le parcours du combattant a recommencé avec la file d’attente dehors… Finalement, au bout d’une heure et demi de piétinement, j’ai fini par atteindre le Sésame, et même à l’ouvrir grâce à mon ticket en prévente avec code-barres made in Fnac. Les pauvres qui n’avaient pas de tickets préachetés !  Je n’ose même pas imaginer ce qu’ils ont dû attendre… !

À l’intérieur, ambiance fourmilière, d’autant plus qu’il y avait deux expos pour le prix d’une : la Japan Expo et le ComicCon. Donc voici mes impressions de néophyte sur cette journée Japan Expo…

Bwaaaaaahhhh!!!

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Chronique XI: Proies et Chasseurs (3/3)

  • Quartier Général d’Ermengardis, 5 juin 2004, 16 h 45 (June 5, 2004, 7 : 45 AM GMT +9 :00)
  • Pavillon Komokuten

Allongé sur son lit, Milo se remémorait les derniers événements de la journée et avait du mal à dire lequel d’Angelo ou de Camus l’inquiétait le plus. Le ronronnement de la climatisation l’agaça et il la coupa d’un geste sec. Il revint dans sa position immobile, les mains posées sagement derrière sa nuque.

« Angelo… ce regard de fou, je le lui ai déjà vu, mais quand ? »

Il ferma les yeux, et s’immergea dans ses souvenirs du Sanctuaire. Ceux qu’il cherchait revinrent des profondeurs de sa mémoire et s’imposèrent à lui brutalement.

« Mon dieu, ce regard, c’est celui de… ! »

——

Août 1980

Deux océans déchaînés étaient prêts à l’engloutir…

Le regard du chevalier du Cancer était celui d’un fou, d’un dément. Le jeune Milo recula d’un pas, oubliant brièvement que lui aussi était un chevalier d’or et pouvait rivaliser avec son aîné de la Quatrième Maison. Cependant, l’expression qu’il lisait sur ce visage aux pupilles noires de colère et aux lèvres dessinant un pli cruel lui fit presque peur. Milo préféra baisser les yeux, découvrant avec horreur que l’armure d’Or était couverte de sang. Il eut un haut-le-cœur en apercevant ce que le Cancer tenait dans ses mains : deux têtes ensanglantées pendaient lamentablement, retenues par les cheveux. Masque de Mort dut remarquer son trouble, et s’approcha de lui en ricanant.

« Tiens, le petit nouveau du Scorpion… Alors, te sens-tu prêt à rejoindre le rang des assassins du Pope ? »

Milo releva les yeux et rencontra de nouveau le regard de Masque de Mort. Celui-ci était redevenu clair, mais la lueur de cruauté et de folie qui le traversait dégoûta Milo, qui recula, et finalement battit en retraite.

« Et surtout, n’hésite pas à me demander si tu as besoin de conseils sur l’art de tuer ! » entendit-il le Cancer s’exclamer. « Entre assassins, il faut s’aider ! »

—–

Angelo avait vingt ans, Milo, quatorze. Ce fut l’une des rares fois où le chevalier du Scorpion ne tint pas tête à Masque de Mort. Par la suite, il se battit souvent contre le Cancer, qu’il haïssait depuis cette rencontre.

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Chronique XI: Proies et Chasseurs (2/3)

  • Vol Tokyo-Paris, au-dessus du nord de l’Europe, 5 juin 2004, 6h00 (June 4, 2004, 4 :00 AM GMT +2 :00)

« Plus que trois heures de vol. » Dohko se leva et s’étira pour désengourdir ses jambes et ses bras. « Pas trop tôt, je commence à avoir le dos en compote.

– Hum ? » Le Bélier ne fit pas attention à lui, trop absorbé par sa lecture.

– Qu’est-ce que tu lis ? » demanda Dohko, intrigué par la concentration de son ami. Il tendit la main et saisit le haut du dossier que Shion dévorait littéralement. Celui-ci adressa un petit sourire agacé.

« La biographie complète de Lùitgard Von Reiks, enfin si on peut appeler ça ainsi.

– Des informations importantes pour notre mission ?

– Disons que cela donne une idée plus précise du personnage. » Shion reprit son dossier et commença à lire à voix haute : « Lùitgard Von Reiks et son cousin, Amalric Von Mayer, étaient des cavaliers ostrogoths œuvrant dans l’armée de Attila, dit le Hun. C’est en 450, lors d’une campagne dans les plaines polonaises que ces deux guerriers et leur escadron de cavaliers se serraient heurter à la horde de Marius. Aucun d’eux n’aurait été épargné, à l’exception de Lùitgard et Amalric, dont le courage et l’habileté au combat auraient séduit Marius. Il les fit lui-même vampires, ce qui place les deux cavaliers au plus haut rang de son armée.

– Intéressant… Nous ne sommes donc pas à la poursuite du premier venu.

–Non, en effet, c’est à l’un des plus puissants généraux de Marius que nous avons à faire », acquiesça Shion avant de rajouter : « Je ne te cache pas que ses faits d’armes sont impressionnants. J’espère qu’il restera dans son cercueil quand on le trouvera… Sans notre cosmos, nous n’avons aucune chance.

– Sinon, d’autres choses intéressantes dans son dossier ?

– Oui. Les généraux de Marius étaient loin d’être unis les uns et les autres. Une guerre féroce s’était installée entre Lùitgard et Amalric d’une part, et Adorjàn et Lôrinc de Diósgyőr, deux frères hongrois transformés par Marius vers 350. Ces deux-là semblent avoir vu d’un très mauvais œil la venue des deux Germains. Mais leur querelle a empiré après la transformation de deux frères hongrois, Bàlint et Gàbor de Szeged. Dès lors, les deux clans ont redoublé d’intrigues pour abattre l’adversaire et ruiner sa réputation auprès de Marius.

– Les créatures de la nuit aiment la zizanie, à ce que je vois…

– La disparition d’Amalric n’a pas pour autant affaibli Lùitgard. La place vide de son cousin a vite été occupée plus ou moins officiellement par Bàlint, et les crises et conflits se sont succédé au même rythme qu’auparavant. L’apogée étant l’envoi dans une mission suicide de Bàlint et Gàbor de Szeged, proposée par le clan d’Adorjàn et Lôrinc, et soutenue par Marius lui-même.

– Charmant… Et sinon, pour commencer les recherches, a-t-on une idée des pistes qui s’offrent à nous ?

– Non, mais je suppose que notre “leader” doit en avoir une, d’idée », glissa Shion en désignant du menton le vieil homme, assis non loin d’eux. De Grandfort manipulait nerveusement son téléphone portable, l’ouvrant et le fermant sans cesse.

« J’espère que l’intention de téléphoner en plein vol ne va pas lui prendre. Je n’ai pas envie qu’il fasse s’écraser l’avion sous prétexte qu’il s’inquiète pour Camus, pesta Dohko.

– Oui, c’est vraiment étrange, son intérêt pour notre ami. Tu remarqueras que Camus n’a pas été non plus très clair ces temps derniers, à se faire appeler Gabriel. Il veut cacher quelque chose à De Grandfort, à ce que l’on dirait », remarqua Shion d’un air songeur.

« Oui, je me demande bien ce qui lie ces deux hommes… » Read the rest of this entry »

Chronique XI: Proies et Chasseurs (1/3)

  • Grèce, Sanctuaire Terrestre, 4 juin, 8 h 20 (June 4, 06 :20 PM GMT + 2 :00)
  • Sous le Temple de Sounion

D’énervement, Bàlint frappa de son poing la paroi qui refusait de céder malgré tous ses efforts pour l’abattre. Une vive douleur parcourut son bras, le faisant grimacer puis s’effondrer sur ses genoux.

« Aurais-je donc perdu temporairement mes pouvoirs ? » s’interrogea-il tout en frottant son membre endolori. Il soupçonnait cette terrible réalité depuis qu’il avait remarqué que ses brûlures cicatrisaient bien plus lentement que d’habitude.

Il jeta un regard las autour de lui, et ses yeux se posèrent sur Ishara : celle-ci dormait à même le sol, le visage contre sa cape en haillons. Il fut soulagé de constater qu’elle s’était apaisée puis avait sombré dans les bras de Morphée, mettant un terme à ses gémissements lugubres qui n’avaient fait qu’accroître sa propre angoisse. Sans doute Ishara avait-elle été aussi la proie de ces hallucinations, les ramenant tous deux aux souvenirs de leurs meurtres passés. Mais que les hommes à la solde de Perséphone leur avaient-ils donc fait ?

« Ils vous ont ramené une âme », répondit une voix familière aux oreilles de Bàlint. Celui-ci sursauta, n’osant croire ce qu’il venait d’entendre et se remit sur ses jambes. Il fit quelques pas dans la direction d’où le murmure provenait, fouillant l’obscurité des yeux.

« Est-ce toi ?  Je ne peux y croire ! » bégaya-t-il.

Il s’arrêta brusquement, ayant deviné dans l’ombre une silhouette qui s’approchait de lui. Puis la distance entre eux diminuant, Bàlint put distinguer les traits de la personne. L’émotion l’obligea à s’appuyer contre la paroi rocheuse, tandis qu’une expression de joie indescriptible se dessinait sur son visage.

« Gàbor ! Mon frère… Tu es vivant ! » s’exclama-t-il tout en tendant une main tremblante. Il la retira pourtant immédiatement, voyant et sentant qu’elle traversait son cadet comme un courant d’air.

« C’est bien moi, mon frère, n’aie pas peur… Malheureusement, je ne suis pas vivant, mais bien mort », répondit Gàbor d’une voix douce, mais ferme.

Ce fut son tour d’étendre une main vers son frère : celle-ci se posa sur l’épaule de Bàlint, l’effleurant pour ne pas passer à travers lui. Bàlint lui jeta un regard désespéré, l’esprit de plus en plus embrouillé, ne sachant plus s’il rêvait ou vivait la réalité.

« Non, tu ne rêves pas : je suis un fantôme et je me tiens bien devant toi…

– Un fantôme ? C’est impossible, les vampires ne peuvent devenir des fantômes… Ils n’ont pas d’âme ! » souffla Bàlint, toujours en proie à la plus totale surprise. « Pas plus toi que moi ! »

Son frère sourit légèrement.

« C’est là que tu te trompes, Bàlint. J’avais une âme à ma disparition, comme toi et Ishara en avez une désormais. Et j’avais un corps également, il y a quelques mois : une nouvelle vie humaine s’offrait à moi. » Gàbor laissa couler un regard subitement triste sur Ishara et murmura : « Elle est toujours aussi belle ». Puis il reporta son attention sur son frère, qui vacillait de nouveau sur ses jambes. Celui-ci ne fut pas d’ailleurs long à s’écrouler au sol.

« Tu veux dire que tu t’étais réincarné…? » souffla Bàlint.

Gàbor s’agenouilla devant lui, dardant ses prunelles bleu violet dans les iris de pierre de son aîné.

« Oui, j’étais l’un des jeunes hommes que tu as sacrifiés aveuglément pour faire revenir à la vie l’un des chevaliers d’or d’Athéna…. »

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Chronique X: Nouvelle Donne (4/4)

  • Italie, Venise, 4 juin 2004, 3h00 (June 4, 01 :00 AM, GMT +2 :00)

Le vent fouettait le visage de James comme autant de claques cinglantes. Celui-ci cligna des yeux et entreprit de compter le nombre de bâtiments qui bordaient le Grand Canal afin de détourner son esprit des questions qui le rongeaient depuis son départ du quartier général d’Ermengardis. Et surtout de l’une d’entre elles : n’allait-il pas à la destruction en se rendant ainsi sur le terrain ennemi, sans autre protection que ses seuls pouvoirs ? Seraient-ils suffisants pour faire face à Sylvenius ? James l’ignorait, et son caractère pessimiste lui faisait plutôt entrevoir une issue fatale en cas de confrontation. Le sorcier n’avait apparemment eu aucun mal à mettre en déroute Lilith, concubine de Lucifer et puissante démone. C’était un nouveau joueur hors-norme qui venait d’apparaître, sans que James sache vraiment de quel côté de la barrière Sylvenius se situait. Ce dernier avait certainement préparé son entrée depuis longtemps et connaissait parfaitement les forces et faiblesses de l’Ordre d’Ermengardis.

« Nous sommes à cinq minutes du Palais Visconti, Lord Gladstone… » lui annonça l’un de ses guides dans un anglais à l’accent britannique impeccable.

James regarda cette copie parfaite des men in black d’un regard ennuyé, puis plongea la main dans sa veste, ressortant son téléphone portable. Il s’écarta légèrement des trois gorilles qui l’avaient accueilli à l’aéroport.

« Eleny ? Je suis arrivé, et dans moins de cinq minutes, je serai dans la place. Je… »

James s’interrompit, puis sourit : au bout du fil, Eleny lui enjoignait de faire demi-tour et de ne pas se jeter dans la gueule du loup, se dirigeant vers une fin certaine. Avait-il au moins conscience de ce qu’il faisait ?

« Non… Je suis totalement irresponsable, et je vais me jeter droit sur Sylvenius en lui demandant de me planter un pieu en plein cœur pour être plus sûr d’en finir ! Voyons Eleny… Bien sûr que je sais ce que je fais ! » gloussa-t-il.

Il s’en voulut immédiatement de cette boutade, entendant les sanglots de sa compagne couvrir ses paroles de reproches entremêlés de suppliques d’abandonner son plan insensé.

« Eleny écoute-moi. Je vais te contacter dans quelques heures, et je t’indiquerai la marche à suivre. Réunissez-vous en attendant, et préparez deux équipes. L’une sera envoyée à Lyon, et l’autre, si mes craintes se confirment, ici même, à Venise. Non, je ne peux pas t’en dire plus… »

Le hors-bord négocia un dernier virage avec raideur, l’obligeant à s’accrocher au bastingage. James releva les yeux et aperçut la silhouette sombre d’un haut bâtiment faiblement éclairé. Il comprit tout de suite qu’il était arrivé à destination.

« Moi aussi, je t’aime, Eleny… »

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Chronique X: Nouvelle Donne (3/4)

  • France, Lyon, 2 juin 2004, 18 h 40 (June 2, 4:40 PM GMT +2 :00)

  • Sous les arènes de Fourvière

La première sensation que perçut Lu Wa fut celle d’une douce brise caressant son visage. Elle rouvrit un œil, puis un autre, et s’aperçut qu’elle était engluée dans une sorte de toile d’araignée géante. Elle tenta de bouger, mais ses membres étaient fermement retenus le long de son corps par les filins blancs.

« Tu ne pourras pas te dégager si facilement de ce piège… Il te faudrait un objet tranchant », résonna une voix tout près d’elle.

Lu Wa fit tous ses efforts pour tourner la tête et entrevit l’auteur de ces paroles : Lùitgard était tranquillement assis sur une roche et la contemplait en souriant.

« Cela t’amuse-t-il de me voir prisonnière ainsi ? » maugréa la Chinoise en tentant vainement de dégager ses membres du cocon collant.

« Non, car si tu restes prisonnière, je ne pourrais être libéré…

– Mais qu’es-tu donc à la fin ? Un fantôme ? »

Lùitgard partit dans un grand éclat de rire.

« Je n’ai pas d’âme, je ne peux donc pas être un fantôme… Non, c’est juste mon aura que je projette depuis mon cercueil sous une image imitant mon apparence d’origine. »

Lu Wa allait lui crier qu’elle commençait à s’agacer de ses explications pour le moins singulières, lorsqu’un son peu rassurant retentit dans le fin fond de la caverne. Elle tenta d’ajuster sa vision aux ténèbres de l’un des boyaux d’où le bruit semblait provenir, mais même pour son sens développé de la vue, l’obscurité lui resta insondable. Elle sentit soudain la toile bouger, et se déboîta à moitié le cou pour pouvoir observer ce qu’il se passait : elle comprit que le haut de la gangue de soie, reliée au plafond rocheux, était en train de se déchirer. Un nouveau coup d’œil en direction de Lùitgard lui confirma que c’était bien lui qui agissait sur son piège et essayait de lui rendre sa liberté.

La toile oscilla, puis commença à descendre, jusqu’à ce que le dernier lien cède. La pression du cocon faiblit, mais toutefois insuffisamment pour pouvoir libérer ses membres et lui permettre de prévenir sa chute. Sa tête heurta violemment le sol, la laissant sonnée pendant un temps qu’elle ne put définir. Lorsqu’elle reprit ses esprits, elle perçut immédiatement le son qui se rapprochait d’elle. Elle ouvrit les yeux, et découvrit le visage de Lùitgard, qui s’était penchée sur elle :

« Quel plaisir que d’être sauvé par une si jolie femme ! Enfin… si toutefois tu parviens à lui échapper. »

Le regard de Lùitgard quitta le visage de la jeune Chinoise et fixa un point derrière elle. Lu Wa se retourna et, laissant échapper un cri de stupeur et de terreur mêlées, se remit le plus rapidement possible sur ses jambes.

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Chronique X: Nouvelle Donne (2/4)

  • Grèce, Sanctuaire Terrestre, 2 juin 2004, 14h30 (June 2, 00:30 PM GMT +2:00)
  • Palais d’Athéna

Jabu s’inclina profondément devant le trône où siégeait la déesse Athéna. Il resta ainsi agenouillé, le visage tourné vers le sol jusqu’à ce qu’une douce voix l’enjoigne de se relever.

« Merci, Ô ma Déesse. »

Athéna hocha légèrement la tête avant de lui poser la question qu’il avait anticipée.

« J’ai senti comme une sorte d’explosion secouer le sol de ce Sanctuaire il y a quelques jours… As-tu eu vent de la cause de ce phénomène ?

– Oui Ma Déesse. J’ai même assisté de très près à cette explosion, et je crains de devoir vous informer qu’il ne s’agit en rien d’un phénomène naturel », murmura Jabu, tout en glissant des regards à droite et à gauche pour s’assurer que nul espion ne tentait de saisir leur conversation.

Athéna se raidit à cette annonce. Une fois son trouble passé, elle fit signe à Jabu de s’approcher davantage. Celui hésita à enfreindre le protocole, puis finit par monter les marches menant au trône de marbre blanc. Arrivé près d’Athéna, il se pencha légèrement vers elle, presque honteux de se retrouver dans son espace personnel.

« Que s’est-il passé ? demanda-t-elle dans un chuchotement.

– Apollon et Perséphone se sont alliés pour « punir » un vampire dénommé Bàlint. Ils lui ont en fait tendu un piège, et l’ont fait exécuter froidement par des Spectres. »

Athéna leva des yeux surpris sur le chevalier, qui se troubla légèrement.

« Des Spectres ? Continue, je t’en prie…

– Ce n’est pas tout. Ils ne se sont pas contentés d’éliminer un seul vampire : il semblerait que Perséphone ait tendu un piège à la femme vampire qui a séduit le dieu Apollon, et s’en est débarrassée par la même occasion. »

Athéna baissa la tête, l’air extrêmement inquiète.

« C’est terrible… Je ne pensais pas que la situation en était venue à ce degré de gravité. Et les deux vampires, sont-ils détruits ? »

Jabu se gratta le menton, hésitant quant à la réponse à donner.

« Je l’ignore… L’explosion qu’a créée l’attaque des Spectres a détruit le temple sur plusieurs niveaux. Il est sage de penser qu’aucun des deux vampires n’y ont réchappé, et que leurs corps ont été réduits en poussière. Mais nul ne peut l’affirmer, compte tenu de l’immortalité présumée de ces créatures.

– Je vois, fit Athéna, songeuse. Et les Spectres, où sont-ils à l’heure actuelle ?

– Je crois que Perséphone s’est débarrassée d’eux par la suite. »

Cette fois-ci, Athéna parut nettement choquée.

« Cela ne ressemble pas à Perséphone, tuer des soldats de son propre clan… À moins que ce vampire ne l’ait perverti au point où elle en serait devenue cruelle… ?

– Une autre chose », ajouta Jabu tout en retirant un médaillon finement ciselé d’un pan de sa tunique.

« Qu’est-ce donc que ce bijou ? Il dégage d’étranges vibrations, lugubres et terrifiantes à la fois », murmura Athéna, tout en tendant la main.

Jabu déposa respectueusement le bijou dans la paume ouverte de sa déesse.

« Le pendentif a dû glisser du cou de Bàlint, car je l’ai découvert dans les décombres du niveau où il se trouvait. Il y a son portrait et celui d’un autre homme gravé à l’intérieur. Je pense qu’il s’agit de Gàbor de Szeged, son frère cadet.  »

Athéna acquiesça silencieusement, et actionna le mécanisme du bijou. Celui s’ouvrit en deux volets, sur la surface desquels étaient peints les portraits de deux jeunes gens. La déesse fronça les sourcils ; les traits de l’un d’entre eux lui étaient étrangement familiers. Ce qui lui semblait totalement impossible, car jamais le chemin de cet homme n’avait croisé celui des deux vampires.

« Déesse Athéna ?

– Oui ?

– Vous avez de la visite… » répondit Jabu, tout en s’écartant respectueusement.

Athéna glissa un regard vers l’entrée de la salle, et aperçut un garde dans une livrée qui faillit lui arracher un cri : un serviteur de son père, le grand Zeus lui-même, était là pour lui délivrer un message. Read the rest of this entry »