Les Chroniques

Chronique XI: Proies et Chasseurs (3/3)

  • Quartier Général d’Ermengardis, 5 juin 2004, 16 h 45 (June 5, 2004, 7 : 45 AM GMT +9 :00)
  • Pavillon Komokuten

Allongé sur son lit, Milo se remémorait les derniers événements de la journée et avait du mal à dire lequel d’Angelo ou de Camus l’inquiétait le plus. Le ronronnement de la climatisation l’agaça et il la coupa d’un geste sec. Il revint dans sa position immobile, les mains posées sagement derrière sa nuque.

« Angelo… ce regard de fou, je le lui ai déjà vu, mais quand ? »

Il ferma les yeux, et s’immergea dans ses souvenirs du Sanctuaire. Ceux qu’il cherchait revinrent des profondeurs de sa mémoire et s’imposèrent à lui brutalement.

« Mon dieu, ce regard, c’est celui de… ! »

——

Août 1980

Deux océans déchaînés étaient prêts à l’engloutir…

Le regard du chevalier du Cancer était celui d’un fou, d’un dément. Le jeune Milo recula d’un pas, oubliant brièvement que lui aussi était un chevalier d’or et pouvait rivaliser avec son aîné de la Quatrième Maison. Cependant, l’expression qu’il lisait sur ce visage aux pupilles noires de colère et aux lèvres dessinant un pli cruel lui fit presque peur. Milo préféra baisser les yeux, découvrant avec horreur que l’armure d’Or était couverte de sang. Il eut un haut-le-cœur en apercevant ce que le Cancer tenait dans ses mains : deux têtes ensanglantées pendaient lamentablement, retenues par les cheveux. Masque de Mort dut remarquer son trouble, et s’approcha de lui en ricanant.

« Tiens, le petit nouveau du Scorpion… Alors, te sens-tu prêt à rejoindre le rang des assassins du Pope ? »

Milo releva les yeux et rencontra de nouveau le regard de Masque de Mort. Celui-ci était redevenu clair, mais la lueur de cruauté et de folie qui le traversait dégoûta Milo, qui recula, et finalement battit en retraite.

« Et surtout, n’hésite pas à me demander si tu as besoin de conseils sur l’art de tuer ! » entendit-il le Cancer s’exclamer. « Entre assassins, il faut s’aider ! »

—–

Angelo avait vingt ans, Milo, quatorze. Ce fut l’une des rares fois où le chevalier du Scorpion ne tint pas tête à Masque de Mort. Par la suite, il se battit souvent contre le Cancer, qu’il haïssait depuis cette rencontre.

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Chronique XI: Proies et Chasseurs (2/3)

  • Vol Tokyo-Paris, au-dessus du nord de l’Europe, 5 juin 2004, 6h00 (June 4, 2004, 4 :00 AM GMT +2 :00)

« Plus que trois heures de vol. » Dohko se leva et s’étira pour désengourdir ses jambes et ses bras. « Pas trop tôt, je commence à avoir le dos en compote.

– Hum ? » Le Bélier ne fit pas attention à lui, trop absorbé par sa lecture.

– Qu’est-ce que tu lis ? » demanda Dohko, intrigué par la concentration de son ami. Il tendit la main et saisit le haut du dossier que Shion dévorait littéralement. Celui-ci adressa un petit sourire agacé.

« La biographie complète de Lùitgard Von Reiks, enfin si on peut appeler ça ainsi.

– Des informations importantes pour notre mission ?

– Disons que cela donne une idée plus précise du personnage. » Shion reprit son dossier et commença à lire à voix haute : « Lùitgard Von Reiks et son cousin, Amalric Von Mayer, étaient des cavaliers ostrogoths œuvrant dans l’armée de Attila, dit le Hun. C’est en 450, lors d’une campagne dans les plaines polonaises que ces deux guerriers et leur escadron de cavaliers se serraient heurter à la horde de Marius. Aucun d’eux n’aurait été épargné, à l’exception de Lùitgard et Amalric, dont le courage et l’habileté au combat auraient séduit Marius. Il les fit lui-même vampires, ce qui place les deux cavaliers au plus haut rang de son armée.

– Intéressant… Nous ne sommes donc pas à la poursuite du premier venu.

–Non, en effet, c’est à l’un des plus puissants généraux de Marius que nous avons à faire », acquiesça Shion avant de rajouter : « Je ne te cache pas que ses faits d’armes sont impressionnants. J’espère qu’il restera dans son cercueil quand on le trouvera… Sans notre cosmos, nous n’avons aucune chance.

– Sinon, d’autres choses intéressantes dans son dossier ?

– Oui. Les généraux de Marius étaient loin d’être unis les uns et les autres. Une guerre féroce s’était installée entre Lùitgard et Amalric d’une part, et Adorjàn et Lôrinc de Diósgyőr, deux frères hongrois transformés par Marius vers 350. Ces deux-là semblent avoir vu d’un très mauvais œil la venue des deux Germains. Mais leur querelle a empiré après la transformation de deux frères hongrois, Bàlint et Gàbor de Szeged. Dès lors, les deux clans ont redoublé d’intrigues pour abattre l’adversaire et ruiner sa réputation auprès de Marius.

– Les créatures de la nuit aiment la zizanie, à ce que je vois…

– La disparition d’Amalric n’a pas pour autant affaibli Lùitgard. La place vide de son cousin a vite été occupée plus ou moins officiellement par Bàlint, et les crises et conflits se sont succédé au même rythme qu’auparavant. L’apogée étant l’envoi dans une mission suicide de Bàlint et Gàbor de Szeged, proposée par le clan d’Adorjàn et Lôrinc, et soutenue par Marius lui-même.

– Charmant… Et sinon, pour commencer les recherches, a-t-on une idée des pistes qui s’offrent à nous ?

– Non, mais je suppose que notre “leader” doit en avoir une, d’idée », glissa Shion en désignant du menton le vieil homme, assis non loin d’eux. De Grandfort manipulait nerveusement son téléphone portable, l’ouvrant et le fermant sans cesse.

« J’espère que l’intention de téléphoner en plein vol ne va pas lui prendre. Je n’ai pas envie qu’il fasse s’écraser l’avion sous prétexte qu’il s’inquiète pour Camus, pesta Dohko.

– Oui, c’est vraiment étrange, son intérêt pour notre ami. Tu remarqueras que Camus n’a pas été non plus très clair ces temps derniers, à se faire appeler Gabriel. Il veut cacher quelque chose à De Grandfort, à ce que l’on dirait », remarqua Shion d’un air songeur.

« Oui, je me demande bien ce qui lie ces deux hommes… » Read the rest of this entry »

Chronique XI: Proies et Chasseurs (1/3)

  • Grèce, Sanctuaire Terrestre, 4 juin, 8 h 20 (June 4, 06 :20 PM GMT + 2 :00)
  • Sous le Temple de Sounion

D’énervement, Bàlint frappa de son poing la paroi qui refusait de céder malgré tous ses efforts pour l’abattre. Une vive douleur parcourut son bras, le faisant grimacer puis s’effondrer sur ses genoux.

« Aurais-je donc perdu temporairement mes pouvoirs ? » s’interrogea-il tout en frottant son membre endolori. Il soupçonnait cette terrible réalité depuis qu’il avait remarqué que ses brûlures cicatrisaient bien plus lentement que d’habitude.

Il jeta un regard las autour de lui, et ses yeux se posèrent sur Ishara : celle-ci dormait à même le sol, le visage contre sa cape en haillons. Il fut soulagé de constater qu’elle s’était apaisée puis avait sombré dans les bras de Morphée, mettant un terme à ses gémissements lugubres qui n’avaient fait qu’accroître sa propre angoisse. Sans doute Ishara avait-elle été aussi la proie de ces hallucinations, les ramenant tous deux aux souvenirs de leurs meurtres passés. Mais que les hommes à la solde de Perséphone leur avaient-ils donc fait ?

« Ils vous ont ramené une âme », répondit une voix familière aux oreilles de Bàlint. Celui-ci sursauta, n’osant croire ce qu’il venait d’entendre et se remit sur ses jambes. Il fit quelques pas dans la direction d’où le murmure provenait, fouillant l’obscurité des yeux.

« Est-ce toi ?  Je ne peux y croire ! » bégaya-t-il.

Il s’arrêta brusquement, ayant deviné dans l’ombre une silhouette qui s’approchait de lui. Puis la distance entre eux diminuant, Bàlint put distinguer les traits de la personne. L’émotion l’obligea à s’appuyer contre la paroi rocheuse, tandis qu’une expression de joie indescriptible se dessinait sur son visage.

« Gàbor ! Mon frère… Tu es vivant ! » s’exclama-t-il tout en tendant une main tremblante. Il la retira pourtant immédiatement, voyant et sentant qu’elle traversait son cadet comme un courant d’air.

« C’est bien moi, mon frère, n’aie pas peur… Malheureusement, je ne suis pas vivant, mais bien mort », répondit Gàbor d’une voix douce, mais ferme.

Ce fut son tour d’étendre une main vers son frère : celle-ci se posa sur l’épaule de Bàlint, l’effleurant pour ne pas passer à travers lui. Bàlint lui jeta un regard désespéré, l’esprit de plus en plus embrouillé, ne sachant plus s’il rêvait ou vivait la réalité.

« Non, tu ne rêves pas : je suis un fantôme et je me tiens bien devant toi…

– Un fantôme ? C’est impossible, les vampires ne peuvent devenir des fantômes… Ils n’ont pas d’âme ! » souffla Bàlint, toujours en proie à la plus totale surprise. « Pas plus toi que moi ! »

Son frère sourit légèrement.

« C’est là que tu te trompes, Bàlint. J’avais une âme à ma disparition, comme toi et Ishara en avez une désormais. Et j’avais un corps également, il y a quelques mois : une nouvelle vie humaine s’offrait à moi. » Gàbor laissa couler un regard subitement triste sur Ishara et murmura : « Elle est toujours aussi belle ». Puis il reporta son attention sur son frère, qui vacillait de nouveau sur ses jambes. Celui-ci ne fut pas d’ailleurs long à s’écrouler au sol.

« Tu veux dire que tu t’étais réincarné…? » souffla Bàlint.

Gàbor s’agenouilla devant lui, dardant ses prunelles bleu violet dans les iris de pierre de son aîné.

« Oui, j’étais l’un des jeunes hommes que tu as sacrifiés aveuglément pour faire revenir à la vie l’un des chevaliers d’or d’Athéna…. »

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Chronique X: Nouvelle Donne (4/4)

  • Italie, Venise, 4 juin 2004, 3h00 (June 4, 01 :00 AM, GMT +2 :00)

Le vent fouettait le visage de James comme autant de claques cinglantes. Celui-ci cligna des yeux et entreprit de compter le nombre de bâtiments qui bordaient le Grand Canal afin de détourner son esprit des questions qui le rongeaient depuis son départ du quartier général d’Ermengardis. Et surtout de l’une d’entre elles : n’allait-il pas à la destruction en se rendant ainsi sur le terrain ennemi, sans autre protection que ses seuls pouvoirs ? Seraient-ils suffisants pour faire face à Sylvenius ? James l’ignorait, et son caractère pessimiste lui faisait plutôt entrevoir une issue fatale en cas de confrontation. Le sorcier n’avait apparemment eu aucun mal à mettre en déroute Lilith, concubine de Lucifer et puissante démone. C’était un nouveau joueur hors-norme qui venait d’apparaître, sans que James sache vraiment de quel côté de la barrière Sylvenius se situait. Ce dernier avait certainement préparé son entrée depuis longtemps et connaissait parfaitement les forces et faiblesses de l’Ordre d’Ermengardis.

« Nous sommes à cinq minutes du Palais Visconti, Lord Gladstone… » lui annonça l’un de ses guides dans un anglais à l’accent britannique impeccable.

James regarda cette copie parfaite des men in black d’un regard ennuyé, puis plongea la main dans sa veste, ressortant son téléphone portable. Il s’écarta légèrement des trois gorilles qui l’avaient accueilli à l’aéroport.

« Eleny ? Je suis arrivé, et dans moins de cinq minutes, je serai dans la place. Je… »

James s’interrompit, puis sourit : au bout du fil, Eleny lui enjoignait de faire demi-tour et de ne pas se jeter dans la gueule du loup, se dirigeant vers une fin certaine. Avait-il au moins conscience de ce qu’il faisait ?

« Non… Je suis totalement irresponsable, et je vais me jeter droit sur Sylvenius en lui demandant de me planter un pieu en plein cœur pour être plus sûr d’en finir ! Voyons Eleny… Bien sûr que je sais ce que je fais ! » gloussa-t-il.

Il s’en voulut immédiatement de cette boutade, entendant les sanglots de sa compagne couvrir ses paroles de reproches entremêlés de suppliques d’abandonner son plan insensé.

« Eleny écoute-moi. Je vais te contacter dans quelques heures, et je t’indiquerai la marche à suivre. Réunissez-vous en attendant, et préparez deux équipes. L’une sera envoyée à Lyon, et l’autre, si mes craintes se confirment, ici même, à Venise. Non, je ne peux pas t’en dire plus… »

Le hors-bord négocia un dernier virage avec raideur, l’obligeant à s’accrocher au bastingage. James releva les yeux et aperçut la silhouette sombre d’un haut bâtiment faiblement éclairé. Il comprit tout de suite qu’il était arrivé à destination.

« Moi aussi, je t’aime, Eleny… »

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Chronique X: Nouvelle Donne (3/4)

  • France, Lyon, 2 juin 2004, 18 h 40 (June 2, 4:40 PM GMT +2 :00)

  • Sous les arènes de Fourvière

La première sensation que perçut Lu Wa fut celle d’une douce brise caressant son visage. Elle rouvrit un œil, puis un autre, et s’aperçut qu’elle était engluée dans une sorte de toile d’araignée géante. Elle tenta de bouger, mais ses membres étaient fermement retenus le long de son corps par les filins blancs.

« Tu ne pourras pas te dégager si facilement de ce piège… Il te faudrait un objet tranchant », résonna une voix tout près d’elle.

Lu Wa fit tous ses efforts pour tourner la tête et entrevit l’auteur de ces paroles : Lùitgard était tranquillement assis sur une roche et la contemplait en souriant.

« Cela t’amuse-t-il de me voir prisonnière ainsi ? » maugréa la Chinoise en tentant vainement de dégager ses membres du cocon collant.

« Non, car si tu restes prisonnière, je ne pourrais être libéré…

– Mais qu’es-tu donc à la fin ? Un fantôme ? »

Lùitgard partit dans un grand éclat de rire.

« Je n’ai pas d’âme, je ne peux donc pas être un fantôme… Non, c’est juste mon aura que je projette depuis mon cercueil sous une image imitant mon apparence d’origine. »

Lu Wa allait lui crier qu’elle commençait à s’agacer de ses explications pour le moins singulières, lorsqu’un son peu rassurant retentit dans le fin fond de la caverne. Elle tenta d’ajuster sa vision aux ténèbres de l’un des boyaux d’où le bruit semblait provenir, mais même pour son sens développé de la vue, l’obscurité lui resta insondable. Elle sentit soudain la toile bouger, et se déboîta à moitié le cou pour pouvoir observer ce qu’il se passait : elle comprit que le haut de la gangue de soie, reliée au plafond rocheux, était en train de se déchirer. Un nouveau coup d’œil en direction de Lùitgard lui confirma que c’était bien lui qui agissait sur son piège et essayait de lui rendre sa liberté.

La toile oscilla, puis commença à descendre, jusqu’à ce que le dernier lien cède. La pression du cocon faiblit, mais toutefois insuffisamment pour pouvoir libérer ses membres et lui permettre de prévenir sa chute. Sa tête heurta violemment le sol, la laissant sonnée pendant un temps qu’elle ne put définir. Lorsqu’elle reprit ses esprits, elle perçut immédiatement le son qui se rapprochait d’elle. Elle ouvrit les yeux, et découvrit le visage de Lùitgard, qui s’était penchée sur elle :

« Quel plaisir que d’être sauvé par une si jolie femme ! Enfin… si toutefois tu parviens à lui échapper. »

Le regard de Lùitgard quitta le visage de la jeune Chinoise et fixa un point derrière elle. Lu Wa se retourna et, laissant échapper un cri de stupeur et de terreur mêlées, se remit le plus rapidement possible sur ses jambes.

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Chronique X: Nouvelle Donne (2/4)

  • Grèce, Sanctuaire Terrestre, 2 juin 2004, 14h30 (June 2, 00:30 PM GMT +2:00)
  • Palais d’Athéna

Jabu s’inclina profondément devant le trône où siégeait la déesse Athéna. Il resta ainsi agenouillé, le visage tourné vers le sol jusqu’à ce qu’une douce voix l’enjoigne de se relever.

« Merci, Ô ma Déesse. »

Athéna hocha légèrement la tête avant de lui poser la question qu’il avait anticipée.

« J’ai senti comme une sorte d’explosion secouer le sol de ce Sanctuaire il y a quelques jours… As-tu eu vent de la cause de ce phénomène ?

– Oui Ma Déesse. J’ai même assisté de très près à cette explosion, et je crains de devoir vous informer qu’il ne s’agit en rien d’un phénomène naturel », murmura Jabu, tout en glissant des regards à droite et à gauche pour s’assurer que nul espion ne tentait de saisir leur conversation.

Athéna se raidit à cette annonce. Une fois son trouble passé, elle fit signe à Jabu de s’approcher davantage. Celui hésita à enfreindre le protocole, puis finit par monter les marches menant au trône de marbre blanc. Arrivé près d’Athéna, il se pencha légèrement vers elle, presque honteux de se retrouver dans son espace personnel.

« Que s’est-il passé ? demanda-t-elle dans un chuchotement.

– Apollon et Perséphone se sont alliés pour « punir » un vampire dénommé Bàlint. Ils lui ont en fait tendu un piège, et l’ont fait exécuter froidement par des Spectres. »

Athéna leva des yeux surpris sur le chevalier, qui se troubla légèrement.

« Des Spectres ? Continue, je t’en prie…

– Ce n’est pas tout. Ils ne se sont pas contentés d’éliminer un seul vampire : il semblerait que Perséphone ait tendu un piège à la femme vampire qui a séduit le dieu Apollon, et s’en est débarrassée par la même occasion. »

Athéna baissa la tête, l’air extrêmement inquiète.

« C’est terrible… Je ne pensais pas que la situation en était venue à ce degré de gravité. Et les deux vampires, sont-ils détruits ? »

Jabu se gratta le menton, hésitant quant à la réponse à donner.

« Je l’ignore… L’explosion qu’a créée l’attaque des Spectres a détruit le temple sur plusieurs niveaux. Il est sage de penser qu’aucun des deux vampires n’y ont réchappé, et que leurs corps ont été réduits en poussière. Mais nul ne peut l’affirmer, compte tenu de l’immortalité présumée de ces créatures.

– Je vois, fit Athéna, songeuse. Et les Spectres, où sont-ils à l’heure actuelle ?

– Je crois que Perséphone s’est débarrassée d’eux par la suite. »

Cette fois-ci, Athéna parut nettement choquée.

« Cela ne ressemble pas à Perséphone, tuer des soldats de son propre clan… À moins que ce vampire ne l’ait perverti au point où elle en serait devenue cruelle… ?

– Une autre chose », ajouta Jabu tout en retirant un médaillon finement ciselé d’un pan de sa tunique.

« Qu’est-ce donc que ce bijou ? Il dégage d’étranges vibrations, lugubres et terrifiantes à la fois », murmura Athéna, tout en tendant la main.

Jabu déposa respectueusement le bijou dans la paume ouverte de sa déesse.

« Le pendentif a dû glisser du cou de Bàlint, car je l’ai découvert dans les décombres du niveau où il se trouvait. Il y a son portrait et celui d’un autre homme gravé à l’intérieur. Je pense qu’il s’agit de Gàbor de Szeged, son frère cadet.  »

Athéna acquiesça silencieusement, et actionna le mécanisme du bijou. Celui s’ouvrit en deux volets, sur la surface desquels étaient peints les portraits de deux jeunes gens. La déesse fronça les sourcils ; les traits de l’un d’entre eux lui étaient étrangement familiers. Ce qui lui semblait totalement impossible, car jamais le chemin de cet homme n’avait croisé celui des deux vampires.

« Déesse Athéna ?

– Oui ?

– Vous avez de la visite… » répondit Jabu, tout en s’écartant respectueusement.

Athéna glissa un regard vers l’entrée de la salle, et aperçut un garde dans une livrée qui faillit lui arracher un cri : un serviteur de son père, le grand Zeus lui-même, était là pour lui délivrer un message. Read the rest of this entry »

Chronique X: Nouvelle Donne (1/4)

  • Grèce, Sanctuaire terrestre, 2 juin 2004, 10h00 (June 2, 8:00 AM GMT +2:00)
  • Sous le Temple de Sounion

Bàlint ouvrit lentement les yeux et distingua avec peine un plafond de granit. Une douleur terrible se propagea dans tout son corps et le précipita de nouveau dans les ténèbres. Il lutta pour ne pas perdre connaissance, et au bout de ce qui lui sembla une éternité, battit des paupières.

Les roches avaient fait place à un décor de boiseries et de tentures riches en couleurs et en ornements.

My mistress with a monster is in love. Near to her close and consecrated bower, While she was in her dull and sleeping hour,

Les yeux de Bàlint se détachèrent de la scène pour se poser sur les occupants de la loge qui dominait le parterre du théâtre. Le visage de Lord Murdoch lui rappela le sifflement qu’émettait le fouet en cinglant l’air, avant de s’abattre sur son dos. Il ressentit une sorte de picotement parcourir ses blessures, comme si celles-ci s’étaient rouvertes à la simple évocation de son châtiment. Celui-ci avait été décidé par le Conseil d’Ermengardis, et annoncé par le grand Chambellan Murdoch lui-même.

A crew of patches, rude mechanicals, That work for bread upon Athenian stalls, Were met together to rehearse a play Intended for great Theseus’ nuptial-day (1).

La main de Bàlint se crispa sur la rambarde : il devait se calmer et songer d’abord à faire parler Murdoch sur le lieu où il cachait la clé du cercueil d’Adorjàn, avant de l’éliminer. Si Bàlint ne se trompait pas, ce noble vieillard dont l’embonpoint gonflait son habit richement brodé, était le descendant d’Angman de Colchester, l’un des lieutenants du Général Adémar qui s’étaient vus confier la garde des précieux sésames.

« Viens, Eleny, il est temps d’infliger une punition bien méritée à Lord Murdoch », murmura-t-il à sa voisine qui suivait avec intérêt le déroulement de l’histoire.

« Ne peut-on pas attendre la fin de la pièce? répondit-elle d’une voix contrariée.

– Non, il faut frapper tant que l’assistance a les yeux rivés sur la scène. Après, il sera trop tard.

– Mais en quoi ma présence t’est-elle nécessaire ?

– J’ai besoin que tu neutralises ses gardes pendant que je « discuterai » avec lui…

– Tu comptes discuter avec lui ? N’est-ce donc pas pour te venger que tu es là ? » s’étonna Eleny.

Elle se tut, voyant que Bàlint, las de ses questions, lui adressait un regard peu amène.

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Chronique IX: Catharsis (2/2)

  • Grèce, Sanctuaire Terrestre, 29 mai 2010, 20 h 40 (29 May 6:40 PM GMT +2 : 00)

  • Temple d’Élision

« Où est-ce que vous m’emmenez ? » Aiolos s’arrêta net, agrippant Darius par la manche. « Où est Bàlint ? » demanda-t-il.

Darius lâcha un profond soupir avant de se retourner sur le Grec.

« Bàlint est sur le point d’être mis à mort par des Spectres sur ordre de Perséphone. Il ne pourra plus rien te faire, mais ce n’est pas pour autant que tu es en sécurité ici. Il te faut fuir… rejoindre l’Ordre d’Ermengardis. Ils te protégeront. »

La nouvelle laissa Aiolos un brin abattu. Il n’avait certes pas apprécié la façon dont Bàlint l’avait séquestré durant plusieurs mois. Cependant, à force de le côtoyer et de l’écouter raconter le récit de sa si longue vie, Aiolos s’était sincèrement attaché au personnage, essayant de voir au-delà du cruel buveur de sang assoiffé de pouvoir. Il en était même arrivé à la conclusion que le vampire pouvait encore être sauvé de ses ambitions.

« On ne peut pas l’abandonner à son sort ! » s’insurgea Aiolos.

Darius l’empoigna par le bras, le forçant à le suivre. Le Grec tenta de se libérer, en vain ; la main qui l’emprisonnait était de fer.

« Darius… je t’en prie !

– Cela c’est déjà vu auparavant… Des prisonniers qui finissent par éprouver de la sympathie pour leur ravisseur. Cela s’appelle le syndrome de Stockholm.

– Je n’ai pas ce problème-là ! » Aiolos se dégagea d’un geste rageur puis empoigna Darius par une épaule, le forçant à se retourner. « Bàlint peut encore être sauvé. Tout n’est pas mauvais en lui : la preuve en est qu’il fait tout cela pour sauver son frère. Le ramener à la vie ! »

Ce fut le tour de Darius de repousser sèchement le Sagittaire.

« S’il peut être sauvé, ce ne sera pas par toi… en tout cas pas maintenant, assena-t-il froidement. Il a provoqué la colère des Spectres, et il doit faire face aux conséquences de ses actes. Tu n’arriverais à rien en te pointant là-bas, à part te faire tuer.

– Mais…

– Inutile d’insister, Aiolos. Tu dois quitter ce Sanctuaire Terrestre… Maintenant ! »

Aiolos serra la mâchoire, gardant ses protestations pour lui-même. Très clairement, il était totalement inutile d’essayer de négocier avec Darius : celui-ci voulait le voir loin de ce lieu sacré où tant d’intrigues, de traîtrises et de drames se déroulaient. Il se laissa guider jusqu’aux frontières invisibles du Sanctuaire : les collines abruptes séparant les temples de la plaine de Rodorio. Aiolos connaissait fort bien cette étendue verdoyante qu’il avait jadis parcourue avec Kanon et Saga. Les larmes lui montèrent presque aux yeux lorsqu’il se revit en train de courir dans les oliveraies avec les jumeaux.

« Aiolos… Gagne le village de Rodorio et rend toi à l’Auberge du Centaure. »

Le Grec cligna des yeux : ce nom lui disait quelque chose.

« C’est une maison de passe ! s’indigna-t-il.

– C’est surtout tenu par une personne résolue à m’aider : Phylistos, le patron de l’établissement. Demande à le voir : il trouvera un moyen pour t’acheminer jusqu’à Athènes. Je lui ai laissé mes instructions. »

Aiolos balaya les collines du regard : elles représentaient la liberté, l’espoir d’une nouvelle vie tout autant qu’elles symbolisaient une époque révolue à jamais.

« Pourquoi ne viens-tu pas avec moi ? Pour quelle raison restes-tu ici ? » demanda-t-il en posant une main sur une joue en acier. « Pourquoi caches-tu ton identité ?

– Parce qu’il y a encore des personnes à sauver de cette cage dorée pour divinités déchues », répondit Darius en repoussant Aiolos. « Bàlint… les Spectres… ils méritent leur chance. Mais si mon identité était révélée, je suppose que quelques dieux ou déesses chercheraient à s’approprier mes pouvoirs ou tout simplement, à me supprimer.

– Tu dois te sentir bien seul parfois, Darius.

– Oui, seul, je le suis… Mais je sais que ce n’est pas pour durer. Maintenant, va ! »

Aiolos ne sut quoi répondre. Son regard se porta de nouveau sur les collines verdoyantes où les oliviers se disputaient la place avec les orangers. Lorsqu’il chercha Darius, celui-ci avait disparu.

« Oh, oui, jeune apprenti du Bélier… Tu dois te sentir bien seul », murmura-t-il.

Chronique IX: Catharsis (1/2)

  • Grèce, Sanctuaire Terrestre, 29 mai 2004, 19 h 35 (May. 29, 5:05 PM GMT +2 :00)
  • Temple de Sounion

Regardant à droite puis à gauche, Bàlint n’aperçut âme qui vive, ni même trace d’un immortel. Seul le ressac des vagues se jetant contre les roches en bas du temple rompait le silence. Rassuré, il sortit du souterrain et se faufila à l’intérieur.

O

Apollon regarda la silhouette se détacher des murs gris, émergeant du passage secret. Il se trouvait à bonne distance de lui, caché derrière l’une des colonnes d’une galerie au troisième étage. Il se tourna vers la personne qui l’accompagnait : une femme vêtue d’une toge sombre, dont le visage était dissimulé par un voile noir de veuve.

« Êtes-vous prête, ma chère tante ? » demanda-t-il suavement.

Un silence se fit avant que Perséphone ne réponde.

« J’ai pris les dispositions nécessaires bien avant vous, mon cher neveu. »

Apollon fut légèrement surpris par le ton employé par la maîtresse des Enfers : toute trace d’hésitation en avait été lavée, remplacée par une pointe de cruauté. Il s’approcha d’elle dans le but évident de soulever son voile, mais la déesse éleva une main, lui faisant signe de se garder de ce geste.

« Et quelles sont donc ces dispositions ? » s’enquit-il tout en reculant prudemment.

« Je me suis assurée d’utiliser les armes adéquates pour infliger la punition qu’il se doit à un vampire millénaire comme Bàlint, répondit Perséphone en levant un bras drapé de jais pour pointer à la galerie en face d’eux.

Apollon plissa les yeux en apercevant la silhouette de cinq hommes vêtus de noir qui les observaient avec attention. Quoique, réflexion faîte… Le Dieu du Soleil nota sans peine l’aura sombre et inquiétante qui se dégageait de chacun d’entre eux. Le plus puissant devait être le jeune homme blond aux cheveux courts qui le toisait de son regard marron aux reflets dorés. L’Oriental à sa gauche fit flamber son cosmos avec une violence qui l’intéressa également. À sa droite, l’homme aux cheveux si blonds qu’ils paraissaient blancs semblait être entouré de fils flottants dans les airs. Les deux autres, plus en retrait, étaient moins puissants, mais nul doute qu’ils ne devaient pas être sous-estimés.

« Des Spectres… Vous comptez les utiliser contre Bàlint, s’étonna Apollon. Je les croyais en enfer !

– Pas n’importe quels Spectres, mon neveu, mais les trois Juges des Enfers et leurs serviteurs, rétorqua Perséphone d’une voix tranchante.

– N’est-ce point risqué de les avoir détournés de leurs tâches pour cela ?

– Ceci ne regarde que moi, répliqua Perséphone. Nous devrions nous hâter aux premières loges : le spectacle va commencer. »

Apollon sembla hésiter légèrement puis finalement tourna le dos aux cinq inquiétants personnages. Après tout, ils obéissaient à Perséphone : il n’avait rien à craindre d’eux.

O

Minos exultait intérieurement à l’idée d’utiliser à nouveau ses fils meurtriers pour châtier l’odieux vampire qui s’était attaqué à son procureur. Il aurait aimé que Rune soit là, mais il avait pris la bonne décision en consignant son subordonné dans ses quartiers. Bien qu’investi de ses pouvoirs, le Balrog était encore trop fragile pour participer à cette opération punitive.

« Rappelez-vous bien : la femme vampire qui se trouvera un niveau plus bas doit subir le même sort que Bàlint. »

La voix de Perséphone fit écho dans sa tête : la déesse, dont la fine silhouette suivait celle plus imposante d’Apollon, donnait ses derniers ordres. Il baissa les yeux en signe de soumission et d’acceptation, imité par ses camarades. Son enthousiasme s’émoussa cependant lorsqu’il vit l’inquiétude se peindre sur le visage de Rhadamanthe.

« Que se passe-t-il ? Ne me dis pas que tu regrettes d’avoir provoqué tout cela ? s’enquit-il.

– Ce n’est pas ça qui me tracasse, mais Perséphone. »

Minos dévisagea Rhadamanthe, ne sachant où la Vouivre voulant en venir.

« Que veux-tu dire ?

– Elle semble différente de la dernière entrevue. Beaucoup plus agressive… J’ai du mal à définir cette impression. »

Le Griffon laissa échapper un petit ricanement moqueur.

« Agressive ? N’est-ce point normal ? C’est l’épouse de l’Empereur des Enfers, après tout. »

O

Ishara se hâtait du mieux qu’elle le pouvait dans les tunnels. Elle évita une roche qui émergeait du sol en sautant par-dessus tout en prenant garde de ne pas laisser échapper le pli de sa longue tunique qu’elle tenait à la main.

« Apollon, je dois retourner à son Palais… Là, je serai en sécurité. »

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Chronique VIII: Cauchemars (4/4)

  • Grèce, Sanctuaire Terrestre, 29 mai 2004, 17 h 05 (May 29, 3:05 PM GMT +2 :00)

Glaucus poussa Ishara dans sa chambre, avec une force toutefois contenue. Celle-ci se retrouva au milieu de la pièce et jeta un regard angoissé autour d’elle.

« Maîtresse, je vous en supplie, ne m’obligez pas à utiliser la force pour vous contraindre à me suivre ! »

La Babylonienne le dévisagea avec effarement avant de s’emporter contre lui.

« Mais pourquoi obéis-tu à Bàlint ? Tu le hais pourtant… Il ne veut que nous détruire ! »

Glaucus baissa la tête, un semblant de honte se peignant sur son visage.

« Je le hais certes, mais il est trop fort pour que je m’oppose à lui. »

Ishara ne sembla pas satisfaite de cette réponse et se dirigea d’un pas ferme vers la sortie, devant laquelle Glaucus restait posté.

« Il est hors de question que je te suive ou que j’obéisse aux ordres de Bàlint. »

Glaucus fit un pas à sa rencontre. L’expression de détermination peinte sur son visage l’étonna, et elle se mit à reculer, appréhendant légèrement la suite. Elle se retrouva vite acculée au mur, et sentit un objet pointu meurtrir son flanc.

Ishara se retourna et constata qu’elle se trouvait presque contre la statue d’Amalric, et que l’objet en question était l’une des mains de pierre de son ancien amant. Son regard glissa avec frayeur le long du bras, puis remonta jusqu’au visage. Celui-ci était parcouru de fissures plus qu’apparentes.

« Il est en train de revenir à la vie ! » songea-t-elle avec horreur.

Une main se posa sur son épaule, achevant de la terroriser. Animée d’un vif instinct de survie que la situation avait réveillé, elle bondit sur Glaucus et lui entailla la joue d’un coup de griffe. En dessous d’elle, le centurion ne riposta pas, trop surpris de la violence de sa réaction.

Reprenant un peu ses esprits, Ishara ne chercha pas lui faire davantage de mal. Elle vola au-dessus de son serviteur et s’enfuit dans le couloir.

Glaucus caressa l’entaille qu’Ishara venait de lui offrir en guise de cadeau d’adieu. Il retira sa main de sa joue et contempla le sang vermillon qui la maculait.

« Elle a choisi son camp », soupira-t-il.

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